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Vie de maman - Page 2

  • Le temps élastique

    nuage_etoiles.pngAvant l'aventure PMA, le temps coulait tranquille chez les nuages. Ruisseau de projets qui mûrissent et avancent, de moments effrénés puis de pauses bienvenues, de rythme de vie tranquille et simple.

    Et puis les aiguilles se sont détraquées. Le tic-tac biologique qui devenait assourdissant. Les calendriers d'essais bébé auxquels je rajoutais des pages et des pages. Et la PMA, l'école de la patience forcée quand le temps est compté. Déjà au 1er rdv, avec 5 mois d'attente, on aurait dû comprendre que notre temps d'impatience et la réalité du protocole étaient opposés. A chaque fois qu'on tentait de prévoir et programmer, les résultats nous jouaient des tours; ça ne mûrissait pas assez vite, ou trop vite, le labo fermait pour nettoyage (!!??), notre gynéco partait en vacances, on avait une échéance pro super importante pile ce jour-là....bref, on ne pouvait plus compter sur le temps. Il se mesurait en cycles et en retours de J1, en créneaux, en heures parfois pour les injections. Les projets de sorties et de vacances devaient se prendre avec option d'annulation. Tout se calculait avec des plans B, "au cas où"... Pressés par les équipes ("on continue", "on enchaîne", "on passe vite à la dose supérieure"), mais en même temps contraints d'accepter l'attente, et peut être pas toujours armés pour lutter contre le plomb du temps infertile. Plus de temps ou de plans comme repères, juste l'autre et son soutien.

    Alors que chez les nuages on est plutôt organisés et prévoyants, la pma a été un trou noir temporel dans lequel la maîtrise du temps -et de plein d'autres choses encore- devait nous échapper. Obligés de subir les reports, de voir revenir les anniversaires, de répondre "on ne sait pas quand", ou "peut-être" à beaucoup de questions.

    Et puis le réveil sonne. Je suis enceinte, enfin. Mais bon, on s'emballe pas. (nous on était prêts à nous emballer depuis des années pourtant). On retient la joie, on retient les grains de sable du sablier pour passer les premiers mois délicats. On retient notre souffle. Je passe ma grossesse à la maison, j'entends le tic-tac de mes horloges qui marque ces neuf mois d'attente. Bizarrement j'étais impatiente mais je ne me suis jamais ennuyée. Il fallait attendre mais je savais pourquoi.

    Puis les horloges s'emballent. Un accouchement qui transforme une dizaine d'heures de travail en un souvenir fulgurant. Le sablier coule à nouveau quand elle arrive. Et plutôt en mode accéléré même. Déjà on rentre, déjà les habitudes de vie à trois, déjà la reprise du boulot (à deux mois bébé nuage est en nounou, ça se passe bien. moi je reprends à 100% et je mets quelques semaines avant de sentir le contre-coup).

    Le temps se transforme en moments de lumières et en coups de barre. On invente le terme des "minutes de velours" quand on peut se poser et qu'elle dort. 

    Et puis elle se fabrique son propre rythme. Et elle grandit. Elle est couche-tôt, lève-tôt comme ses parents, enfin presque, avec quelques heures de moins le matin quand même.

    Elle a relancé nos montres arrêtées. Elle rend le temps plus précieux. Elle bouscule les notions de priorités et de choses à faire.

    Elle a bientôt six mois.

    Une demi-année qui a déjà pesé plus fort que des années de temps gelé à l'attendre.

    Le temps est élastique, je le sais bien maintenant.

  • La petite chambre

    nuageF.pngDans notre choix d'appartement, on avait craqué pour cette petite pièce attenante à notre chambre, au parquet en bois blond chaud, c'était bien sûr d'abord pour un bureau, mais dans nos têtes elle avait déjà une autre fonction future, un petit cocon pour petit bout de nous. 

    Et puis le temps a passé. Et la PMA a débuté. On n'avançait pas dans le projet bébé, on a avancé dans le projet maison. 

    On a acheté un chez-nous à notre image, une jolie petite maison pleine de cachet. Et là encore, la pièce attenante à la chambre des parents nous faisait de l’œil. Les propriétaires précédents en avait fait la chambre de leur petite, elle avait un joli mur couleur améthyste et du parquet cendré, elle était juste parfaite.

    Et puis blocage. Je n'arrivais pas à la remplir "en attendant". J'avais même du mal à ouvrir sa porte en bois à la mignonne vitre et poignée de porcelaine. A chaque échec de FIV c'était encore plus dur. Et s'il fallait lui donner une autre fonction? Est-ce que ça me faisait du bien de la "garder" pour un bébé qui n'arrivait pas? Même pour la désigner c'était délicat. La "chambre violette" (heureusement qu'il y avait ce mur peint), la "petite chambre" finalement. Elle résonnait de vide, au sens propre et au figuré. Y trônait juste un lit de bébé pliant pour ces occasions mi joyeuses, mi amères quand les enfants des autres pouvaient en profiter. J'avoue même que j'ai retenu mes larmes la 1ère fois qu'on y a couché un autre enfant que le nôtre. Mais d'un autre côté il fallait la réchauffer, cette pièce aux courants d'air. On a d'ailleurs changé la vitre mal isolée pour y installer une fenêtre double vitrage, on a gagné en chaleur, regagné en espoir. on s'est autorisés même quelques achats, des cartons qui gagnait la pièce sur la pointe des pieds, dans les coins. Parce qu'il y en avait marre de se retenir, de ne pas se projeter pour se protéger. 

    Et puis le destin. Un dégât des eaux qui nous envoie le peintre par l'assurance, un joyeux drille qui nous offre la réfection de la peinture de tous les murs (sauf l'améthyste) et du plafond, pour fêter la bonne nouvelle parce que....entre-temps, le miracle est arrivé, je suis tombée enceinte. Comme la "petite chambre" renaissait, l'embryon 9 ou 10 (on ne saura jamais) se nichait.

    Je songe souvent à cette pièce qui a été un bout de notre puzzle PMA. Quand je tourne cette douce poignée de porcelaine maintenant, je suis parfois encore touchée par la non-maman-en-souffrance que j'étais il y a quelques temps, je pense à ces autres "petites chambres" qui attendent ailleurs dans d'autres foyers, et je leur envoie des pensées de douceur et de patience. 

     

  • Je ne m'y fais toujours pas

     nuageE.pngBébé nuage a 5 mois maintenant, mais j'ai remarqué, mi-amusée, mi-amère, que la PMA me hante encore parfois, et que j'en ai gardé certaines habitudes:

    •   quand je dois prévoir des vacances, weekend, des rendez-vous longtemps à l'avance, j'ai toujours une micro-hésitation en me demandant s'il n'y aura pas un examen ou un transfert à ce moment-là. Des années de vacances en mode pas loin, ou échangeables ou remboursables sous de perdus, ça marque.

     

    • quand je sens les tiraillements précurseurs d'un éventuel retour de règles j'ai un coup de blues, comme une angoisse d'échec, avant de me calmer en réalisant que non, je ne redoute plus le retour du J1. Ceci dit, depuis 5 mois toujours rien de régulier, c'est toujours la foire à ce niveau-là.

     

    • quand je prends des engagements professionnels, je prévois toujours des plans B, ou un binôme pour m'épauler/me remplacer au besoin. J'ai dû gérer des urgences, annuler des trucs importants sans pouvoir proposer de solutions de remplacement pendant la PMA puis pendant ma grossesse, ça m'a servi de leçon. Je suis loin d'être irremplaçable, mais j'essaie de ne plus être prise au dépourvu à l'avenir. Ce sera au moins un aspect positif de mon aventure.

     

    • quand je dois remplir des papiers administratifs, je n'en reviens toujours pas de pouvoir enfin cocher la case "enfant". Et oui, ça m'est déjà arrivé plusieurs fois de répondre "Non....heu, mais si en fait, j'ai un enfant !". Dans le même registre, je sens toujours un feu d'artifice dans mon ventre quand je pense que je suis une "maman", je souris comme une môme en imaginant la ère fois où elle me le dira, je me demande si ça se voit sur mon visage (sur mes hanches et ventre, y'a pas de doute) quand je croise des gens dans la rue, je joue souvent à appeler mon conjoint "papa" (et dire qu'on se moquait des couples qui faisait ça..). 

    Je pense que ce blindage construit pendant des années de PMA, ces protections édifiées pour épargner nos cœurs, ces routines pour baliser un parcours hyper contraignant m'ont marquée si profondément que ça restera toujours en moi. J'ai souvent lu qu'il fallait 9 mois pour faire un enfant et autant pour se retrouver en tant que femme ensuite. Qu'en est-il de la PMA ? Vais-je laisser passer des années avant de me sentir une maman légitime comme les autres (celles pour qui ça a été évident, naturel, intime, rapide...moi j'ai barré toutes les mentions).  Des années avant d'avoir digéré mon aventure de pmette? Mais finalement, même devenue maman, est-ce qu'on ne reste pas un pmette toute sa vie, en en étant même fière ? En ayant envie de soutenir celles et ceux qui sont encore dans l'espoir de ce parcours? 

    La PMA a changé mon regard sur mes envies, mes besoins et mes priorités, et ça, je m'y fais très bien.  

     

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