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Vie de maman - Page 2

  • Dualité d'ex-pmette

    nuage16mai.pngNon, une pmette qui vit le bonheur de bercer enfin un bébé n'oublie pas ses années de galères. Ces dernières semaines, le boomerang me revient souvent des émotions vécues, des frustrations, des ressentis.

    Je le sens quand à la longue table de la cantine, l'assemblée essentiellement féminine se lance sur un débat/concours des derniers exploits des minis. Quand mon "moi-maman" sourit béatement en me disant que ça y est, moi aussi j'ai ma carte de membre. Mais j'ai un mode sécurité fortement ancré, qui me retient de tenir trop longtemps ce type de conversation, qui me rend attentive à celles qui plongent le nez dans leurs assiettes en se découvrant une soudaine (et inexplicable, vu le menu) passion pour son contenu. Celles qui ont certainement de bonnes raisons de vouloir fuir ce sujet. Celles dont je faisais partie il y a peu encore. Je copine du regard, je souris discrètement, je lance une passionnante discussion sur un sujet autre.

    Je le sens quand je me plains de petites nuits, de dents qui font bobo, de repas à négocier serré pour que bébé nuage les avale...j'ai presque l'impression de faire une blague. Parce qu'en fait, même pour les réveils en pleine nuit, ma petite voix me répète "tu as de la chance! c'est du bonheur de pouvoir vivre ces si douces contrariétés, de s'inquiéter, de se plaindre...". Je m'entends encore dire ou penser très fort en serrant les mâchoires "arrêtez de vous plaindre de vos mômes, y'en a qui donneraient tout ce qu'elles ont pour pouvoir avoir vos cernes/laver les cacas qui débordent/se brouiller avec le conjoint qui ne veut pas se lever/ne pas réussir à perdre leurs kilos de grossesse...". Donc auto-flagellation quand je me laisse aller à des plaintes. Je ne m'en sens pas le droit, je culpabilise après coup. 

    Comme si je trahissais mon "moi-pmette", mon moi d'avant, celle qui faisait partie du club des looseuses-au-ventre-stérile, unies dans la détestation des ventre-ronds, dans les parcours du combattant.

    Je l'ai ressenti de façon cuisante quand j'ai lu ces billets qui prennent aux tripes des pmettes toujours sur le quai, qui déversent -et comme elles ont raison, comme je les comprends- leurs haines envers DNLP (Dame Nature La Pute, pour les non-initiés, ceux sans cicatrices), leurs blessures et leurs désespoirs post-échecs. Je me suis sentie impuissante et surtout non-autorisée à ne serait-ce que tenter un commentaire de soutien. Parce que j'ai perdu ma carte de membre ? Parce que je suis passée du côté clair de la Force en expulsant bébé nuage ?

    Cette dualité, c'est encore une marque à vie des ex-pmettes. Avoir galéré avant, et se sentir encore bridée une fois maman, comme retenue par la pudeur, par l'expérience, par le respect envers les candidates au tirage au sort de la cigogne, proches ou anonymes que je croise de plus en plus sur ma route.

    Mais j'ai créé ce blog aussi pour ça, pour parler de la pma, mes souvenirs de pendant, et mon ressenti d'après. Parce qu'il n'y a pas que sur la peau que j'ai des tatouages, mais dans le cœur aussi. Parce que je veux concilier mon parcours et sa continuité. Parce que mon soutien envers celles (et ceux à leurs côtés, que je n'oublie pas) qui galèrent reste entier. Elles peuvent m'en vouloir, j'ai détesté avant elles les mamans du monde entier, je comprends. Je suis là pour compatir, c'est un minimum. Et en même temps, je revendique haut et fort mon statut d'agent double fière de l'être:

    Je n'ai pas oublié mon moi-pmette si meurtrie, je veux profiter de mon moi-maman pleinement et sans culpabiliser. Je suis les deux. 

    Et je vais m'inscrire au BAMP, tiens.

  • Le temps élastique

    nuage_etoiles.pngAvant l'aventure PMA, le temps coulait tranquille chez les nuages. Ruisseau de projets qui mûrissent et avancent, de moments effrénés puis de pauses bienvenues, de rythme de vie tranquille et simple.

    Et puis les aiguilles se sont détraquées. Le tic-tac biologique qui devenait assourdissant. Les calendriers d'essais bébé auxquels je rajoutais des pages et des pages. Et la PMA, l'école de la patience forcée quand le temps est compté. Déjà au 1er rdv, avec 5 mois d'attente, on aurait dû comprendre que notre temps d'impatience et la réalité du protocole étaient opposés. A chaque fois qu'on tentait de prévoir et programmer, les résultats nous jouaient des tours; ça ne mûrissait pas assez vite, ou trop vite, le labo fermait pour nettoyage (!!??), notre gynéco partait en vacances, on avait une échéance pro super importante pile ce jour-là....bref, on ne pouvait plus compter sur le temps. Il se mesurait en cycles et en retours de J1, en créneaux, en heures parfois pour les injections. Les projets de sorties et de vacances devaient se prendre avec option d'annulation. Tout se calculait avec des plans B, "au cas où"... Pressés par les équipes ("on continue", "on enchaîne", "on passe vite à la dose supérieure"), mais en même temps contraints d'accepter l'attente, et peut être pas toujours armés pour lutter contre le plomb du temps infertile. Plus de temps ou de plans comme repères, juste l'autre et son soutien.

    Alors que chez les nuages on est plutôt organisés et prévoyants, la pma a été un trou noir temporel dans lequel la maîtrise du temps -et de plein d'autres choses encore- devait nous échapper. Obligés de subir les reports, de voir revenir les anniversaires, de répondre "on ne sait pas quand", ou "peut-être" à beaucoup de questions.

    Et puis le réveil sonne. Je suis enceinte, enfin. Mais bon, on s'emballe pas. (nous on était prêts à nous emballer depuis des années pourtant). On retient la joie, on retient les grains de sable du sablier pour passer les premiers mois délicats. On retient notre souffle. Je passe ma grossesse à la maison, j'entends le tic-tac de mes horloges qui marque ces neuf mois d'attente. Bizarrement j'étais impatiente mais je ne me suis jamais ennuyée. Il fallait attendre mais je savais pourquoi.

    Puis les horloges s'emballent. Un accouchement qui transforme une dizaine d'heures de travail en un souvenir fulgurant. Le sablier coule à nouveau quand elle arrive. Et plutôt en mode accéléré même. Déjà on rentre, déjà les habitudes de vie à trois, déjà la reprise du boulot (à deux mois bébé nuage est en nounou, ça se passe bien. moi je reprends à 100% et je mets quelques semaines avant de sentir le contre-coup).

    Le temps se transforme en moments de lumières et en coups de barre. On invente le terme des "minutes de velours" quand on peut se poser et qu'elle dort. 

    Et puis elle se fabrique son propre rythme. Et elle grandit. Elle est couche-tôt, lève-tôt comme ses parents, enfin presque, avec quelques heures de moins le matin quand même.

    Elle a relancé nos montres arrêtées. Elle rend le temps plus précieux. Elle bouscule les notions de priorités et de choses à faire.

    Elle a bientôt six mois.

    Une demi-année qui a déjà pesé plus fort que des années de temps gelé à l'attendre.

    Le temps est élastique, je le sais bien maintenant.

  • La petite chambre

    nuageF.pngDans notre choix d'appartement, on avait craqué pour cette petite pièce attenante à notre chambre, au parquet en bois blond chaud, c'était bien sûr d'abord pour un bureau, mais dans nos têtes elle avait déjà une autre fonction future, un petit cocon pour petit bout de nous. 

    Et puis le temps a passé. Et la PMA a débuté. On n'avançait pas dans le projet bébé, on a avancé dans le projet maison. 

    On a acheté un chez-nous à notre image, une jolie petite maison pleine de cachet. Et là encore, la pièce attenante à la chambre des parents nous faisait de l’œil. Les propriétaires précédents en avait fait la chambre de leur petite, elle avait un joli mur couleur améthyste et du parquet cendré, elle était juste parfaite.

    Et puis blocage. Je n'arrivais pas à la remplir "en attendant". J'avais même du mal à ouvrir sa porte en bois à la mignonne vitre et poignée de porcelaine. A chaque échec de FIV c'était encore plus dur. Et s'il fallait lui donner une autre fonction? Est-ce que ça me faisait du bien de la "garder" pour un bébé qui n'arrivait pas? Même pour la désigner c'était délicat. La "chambre violette" (heureusement qu'il y avait ce mur peint), la "petite chambre" finalement. Elle résonnait de vide, au sens propre et au figuré. Y trônait juste un lit de bébé pliant pour ces occasions mi joyeuses, mi amères quand les enfants des autres pouvaient en profiter. J'avoue même que j'ai retenu mes larmes la 1ère fois qu'on y a couché un autre enfant que le nôtre. Mais d'un autre côté il fallait la réchauffer, cette pièce aux courants d'air. On a d'ailleurs changé la vitre mal isolée pour y installer une fenêtre double vitrage, on a gagné en chaleur, regagné en espoir. on s'est autorisés même quelques achats, des cartons qui gagnait la pièce sur la pointe des pieds, dans les coins. Parce qu'il y en avait marre de se retenir, de ne pas se projeter pour se protéger. 

    Et puis le destin. Un dégât des eaux qui nous envoie le peintre par l'assurance, un joyeux drille qui nous offre la réfection de la peinture de tous les murs (sauf l'améthyste) et du plafond, pour fêter la bonne nouvelle parce que....entre-temps, le miracle est arrivé, je suis tombée enceinte. Comme la "petite chambre" renaissait, l'embryon 9 ou 10 (on ne saura jamais) se nichait.

    Je songe souvent à cette pièce qui a été un bout de notre puzzle PMA. Quand je tourne cette douce poignée de porcelaine maintenant, je suis parfois encore touchée par la non-maman-en-souffrance que j'étais il y a quelques temps, je pense à ces autres "petites chambres" qui attendent ailleurs dans d'autres foyers, et je leur envoie des pensées de douceur et de patience.